Une visite de terrain placée sous le signe de la culture et de l’activité économique

14 06 2019

Le lieu en soi impressionne : le magasin d’Orvault, ouvert dans une ancienne concession automobile, offre une surface de plus de 1350 m², exclusivement consacrée aux pianos, claviers et orgues. L’espace a été élu « Meilleur magasin de pianos d’Europe » lors du Salon International de la Musique de Francfort d’avril 2017. C’est également le plus grand magasin de musique de France.
Il paraît loin le temps où – c’était en 1942- un accordeur passionné de musique et non-voyant, Jules Desevedavy, fondait une maison dont il ne se doutait pas qu’elle deviendrait une institution nantaise. Son fondateur rendait alors visite à ses clients en tandem (piloté par sa femme) avant d’ouvrir sa première boutique dans le centre-ville de Nantes où il commença à commercialiser pianos et harmoniums.

Ingrédient essentiel de la réussite de la plus ancienne entreprise du répertoire de la Chambre des métiers et de l’artisanat 44 : la passion de la musique.

En 3 générations, la maison Desevedavy Pianos a tissé des liens très étroits avec les écoles de musique et les conservatoires de la région. Des établissements qui font régulièrement appel à Desevedavy pour acquérir ou entretenir leur parc de pianos.

L’entreprise jouit par ailleurs d’une notoriété internationale, conséquence de ses partenariats avec les plus grands artistes internationaux, et les plus grands festivals de musique (classique et jazz notamment).

La passion, c’est encore elle qui a amené en 2009, Vincent Morin-Desevedavy, petit-fils du fondateur et pianiste chevronné à reprendre l’entreprise. A l’âge de 40 ans et après une carrière dans l’industrie agro­alimentaire, l’homme souhaitait diriger sa propre affaire en tirant parti de son expertise en marketing-vente. La même année, le décès de son grand-père l’incite à s’intéresser au commerce familial, qui traverse une passe difficile. L’affaire familiale était une « belle endormie » qui peinait à s’adapter aux évolutions du marché. La dispersion de l’actionnariat entre 11 membres de la famille expliquait en partie ce manque de dynamisme. Vincent Morin-Desevedavy entame alors le parcours de combattant du repreneur, avec un premier défi : réussir à racheter l’intégralité des parts. Après un an de négociation houleuse, il parvient à ses fins tout en ayant fait « d’énormes concessions sur le prix ». Aujourd’hui, son pari est réussi.

Vincent Morin-Desevedavy a décidé de se consacrer au métier de « facteur de pianos », et à la tradition des pianos acoustiques. « Tradition et Modernité » est le slogan. Desevedavy Pianos est avant tout distributeur de pianos mais a aussi la capacité de rénover des instruments.

12 salariés collaborent au sein de l’entreprise, qui réalise 3,2 millions d’euros de chiffre d’affaires et détient 1.5 million d’euros de stocks.

« Rares sont les occasions d’évoquer en même temps les politiques culturelles et les réalités économiques, commente Mounir Belhamiti. Et pourtant, nous avons sous les yeux la preuve que la culture représente, outre une respiration pour l’esprit, un enjeu en termes d’emplois et d’activité. »

Ainsi, ont été évoquées des problématiques proprement culturelles : 4% de la population pratique un instrument en France : une proportion bien plus faible qu’en Allemagne ou en Pologne par exemple, et qui freine le marché (il n’y a plus de marque française de piano), comme elle rend plus difficiles le maintien d’une activité d’accordeurs en France. Seulement 12 personnes sortent de l’Institut technologique européen des métiers de la musique du Mans chaque année. La contraction des moyens des écoles de musique, conservatoires et autres organismes de formation à la musique pèse également sur l’activité : le commerce en ligne n’explique pas à lui seul que 50 magasins de musique disparaissent tous les ans en France.

« Il y a là des sujets d’interpellation des pouvoirs publics, juge Mounir Belhamiti. D’abord dans la définition de dynamiques territoriales – notamment à Nantes, qui a la chance d’être une ville très reconnue dans le monde de la musique et du piano-, mais également dans la politique culturelle nationale : j’interrogerai prochainement Franck Riester sur ces sujets. »

Mais les problématiques rencontrées par l’entreprise sont aussi propres à d’autres secteurs économiques que celui des industries culturelles : au cœur des échanges, les difficultés des chambres des métiers et de l’artisanat à collecter des fonds pour la formation, le coût des apprentis pour l’entreprise, ainsi que des dispositifs administratifs perçus comme des tracasseries, comme des marchés publics qui obligent parfois l’entreprise à utiliser la signature électronique et donc à disposer d’une clef difficile à se procurer et dont la durée de validité est limitée ; comme le poids de la Taxe locale sur les enseignes et publicités extérieures alors que l’entreprise se trouve sur un axe uniquement commercial, que qui nécessite une signalétique particulière pour guider les clients, ou encore la complexité du fonctionnement des organismes paritaires collecteurs agréés pour la formation.

« Avec de tels échanges, on mesure la nécessité d’œuvrer en permanence pour la simplification en faveur des entreprises, juge Mounir Belhamiti : la majorité a fait beaucoup notamment grâce à la loi PACTE, mais c’est souvent dans les détails que se cachent les solutions. Ces détails, c’est par ces rencontres qu’un parlementaire peut les identifier. Et sur chacun des points évoqués, j’entends bien jouer un rôle d’aiguillon et de facilitateur. »

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